- Un NAS n’est pas une sauvegarde : c’est une destination de sauvegarde. La nuance décide de ce qui survit à un incident.
- Une copie sur NAS protège d’une panne de l’ordinateur. Elle ne protège ni du vol, ni de l’incendie, ni d’un rançongiciel qui atteint le partage réseau.
- L’ANSSI recommande de conserver au moins une copie hors ligne, précisément pour ce dernier cas.
- Une sauvegarde qui n’a jamais été restaurée n’est pas une sauvegarde vérifiée. Un fichier au hasard, une fois par mois, suffit.
« J’ai un NAS, donc je suis sauvegardé »
C’est la phrase que j’entendais le plus souvent, et elle mélange deux choses différentes. Un NAS est un espace de stockage accessible par le réseau : il reçoit des fichiers, les garde et les sert. Il ne devient une sauvegarde que si les fichiers qu’il contient existent aussi ailleurs.
La confusion s’installe d’autant plus facilement que ces appareils affichent des disques en miroir, ce qui ressemble à de la sécurité. La redondance protège d’une panne de disque, pas d’une suppression ni d’un chiffrement malveillant, et la distinction est détaillée dans RAID 0 et dans disque dur réseau.
Avant d’aller plus loin, comptez ce que représente ce qui se trouve sur cette machine. Dix ans de photos et la comptabilité d’une activité ne se traitent pas comme une bibliothèque de films qui se retéléchargent.
Ce que la copie sur NAS protège vraiment
| Ce qui arrive | Une copie sur le NAS |
|---|---|
| Le disque de l’ordinateur lâche | Protège |
| Un fichier est supprimé ou écrasé par erreur | Protège, si l’outil garde des versions |
| Un rançongiciel chiffre l’ordinateur | Ne protège pas si le partage est monté en écriture |
| Vol, incendie, dégât des eaux | Ne protège pas : les deux appareils sont dans la même pièce |
Les deux dernières lignes sont celles qui coûtent le plus cher, et ce sont celles qu’un NAS ne traite pas par construction. Un rançongiciel qui s’exécute sur l’ordinateur atteint tout ce que cet ordinateur peut écrire, y compris un lecteur réseau monté en permanence.

La règle des trois copies, et ce que l’ANSSI en dit
La formulation la plus répandue tient en trois chiffres : trois copies des données, sur deux types de supports différents, dont une hors du lieu principal. Elle n’a rien d’officiel, mais elle décrit correctement ce qui survit aux quatre situations du tableau précédent.
La partie qui compte le plus aujourd’hui est la copie déconnectée. Le référentiel de mesures de l’ANSSI demande de protéger les sauvegardes d’un incident qui les rendrait inexploitables, et cite le stockage hors ligne comme réponse à un incident de type rançongiciel.
Traduit pour un particulier ou une petite activité : un disque externe branché uniquement pendant la copie, puis débranché et rangé ailleurs. C’est archaïque, c’est efficace, et c’est ce qui manque dans la plupart des installations que je voyais.
Sauvegarder vers le NAS, concrètement
Les systèmes savent le faire sans rien installer. Windows propose une sauvegarde de fichiers vers un emplacement réseau, macOS accepte un partage réseau comme destination de sa sauvegarde intégrée.
Trois réglages comptent plus que le choix de l’outil.
La planification. Une sauvegarde manuelle est une sauvegarde qu’on oublie. Quotidienne pour des documents de travail, hebdomadaire pour des photos : ce qui compte est qu’elle parte seule.
Les versions. Une copie qui écrase la précédente ne protège pas d’une erreur découverte trois jours plus tard. Conserver plusieurs états est ce qui distingue une sauvegarde d’une synchronisation.
Un compte dédié, aux droits limités. La sauvegarde écrit dans un dossier qui lui est propre, avec un compte qui n’a de droits que là. Un ordinateur compromis ne peut alors pas effacer l’ensemble du NAS, seulement son propre dossier.
Sauvegarder le NAS lui-même
C’est l’étape que presque personne ne fait, et c’est pourtant la seule qui traite l’incendie, le vol et la panne de l’appareil entier.
Trois voies, de la plus simple à la plus complète. Un disque externe branché au NAS, alimenté au moment de la copie puis débranché. Deux disques en rotation, dont un stocké ailleurs, chez un proche ou sur un lieu de travail. Une copie chiffrée vers un service distant, pour ce qui ne peut pas attendre un aller-retour physique.
Le choix du support se pose comme pour n’importe quelle sauvegarde, et il est traité dans choisir un support de sauvegarde. Celui de la sauvegarde d’un téléphone obéit à la même logique, décrite dans récupérer une sauvegarde iCloud.

La vérification que personne ne fait
Une sauvegarde qui n’a jamais servi n’est pas une sauvegarde : c’est une hypothèse. Et les hypothèses se vérifient en une fois par mois, en dix minutes.
Restaurer un fichier au hasard, pas le premier de la liste, et l’ouvrir vraiment. Un document qui s’ouvre à moitié, une photo tronquée ou une archive illisible se découvrent là, pas le jour de l’incident.
Regarder la date de la dernière copie réussie. Une tâche planifiée qui échoue depuis trois semaines ne prévient pas toujours : elle s’affiche comme active, et c’est le journal qui dit la vérité.
Contrôler l’état des disques du NAS. Ils tournent en continu, souvent plusieurs années, et leurs compteurs se lisent comme ceux d’un disque d’ordinateur, selon la méthode de état du disque dur.
Ce que coûte l’absence de cette vérification se mesure en heures : reconstituer une comptabilité, retrouver des factures, réinstaller et reconfigurer. Une soirée, dans le meilleur des cas.
Vingt ans en gestion de données et en continuité d'activité, après une reconversion à trente ans. J'ai vu une petite structure perdre sa comptabilité dans un dégât des eaux, faute d'une sauvegarde rangée ailleurs que dans les locaux. Depuis, je ramène chaque risque à ce qu'il coûte vraiment : des heures de travail à refaire, pas des pourcentages.
